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Oser la solitude

On la redoute parfois, on la fuit souvent, et certains d’entre nous la recherchent. La solitude est un des sujets des plus contemporains et ne laisse personne indifférent.  Et si elle nous permettait justement de nous connaître vraiment pour être mieux avec les autres ? La solitude : amie ou ennemie ?

Notre société technologique a pour injonction d’être perpétuellement connectés, en lien, aussi artificiel soit ce lien. Ipods, tablettes, laptops, smartphones nous accompagnent, sonnent, clignotent, notifient, pour nous assurer d’une constante connexion avec les autres.

Les réseaux sociaux, territoires de l’instantané et du frénétique, sont là pour apaiser notre peur de l’isolement. Le monde moderne n’aime pas la solitude.

Mais d’où nous vient cette angoisse qui nous étreint lorsque nous nous retrouvons face à nous-mêmes ?

Peur du vide ? Peur de manquer ? Peur de penser ?

Céline, célibataire de 32 ans, témoigne de son angoisse de se retrouver seule le soir, après sa journée de travail : Quand je rentre du bureau, je prévois toujours une sortie avec un ami ou l’autre : resto, ciné, prendre un verre. Lorsque personne n’est disponible et que je dois rentrer seule à l’appart, c’est la déprime complète, l’angoisse. Je mets alors la télé, la radio, juste pour me donner l’illusion d’une présence.

Solitude et peur du vide :

La psychiatrie nous rappelle que cette capacité à être seul, chez l’être humain, se construit dans la petite enfance. Entre un et deux ans, l’enfant comprend que même si sa mère disparaît, elle continue à exister et va ensuite réapparaître à lui.

Dans une relation saine, il aura noué avec elle une relation sécurisante, qui lui permettra de faire son deuil d’une fusion totale. L’enfant fera alors ses premiers pas vers l’autonomie, avec sérénité.

Mais cette relation précoce si fondamentale peut être perturbée : si la mère est absente physiquement – pour cause de voyage, de maladie – et que l’enfant en est séparé, l’adulte qu’il deviendra ensuite peut développer des carences affectives, dont une angoisse de séparation.

Absence physique ou absence psychique : une dépression, une hyper-anxiété maternelle pourra également être ressentie par le petit enfant comme un vide angoissant, comme un abandon. Se retrouver seul ravive alors chez l’adulte la séparation initiale d’avec la mère.

Relation maternelle insécure, ou encore névrose. Car se retrouver seul, c’est aussi affronter le silence, le monde intérieur et des questionnements pas toujours confortables : Qu’est-ce que je fais de ma vie ? Que vais-je faire de ma vie ?  La vie a t-elle un sens ? …

La compagnie de l’autre est alors vécue comme un anxiolytique, un rempart qui aide à ne pas – trop – réfléchir.

Pourquoi oser être seul ?

La recherche de compagnie, à tout prix, qu’elle soit réelle ou virtuelle, nous dépossède pourtant d’une forme d’autonomie. Car la solitude – dans une certaine mesure – est constructive : elle nous aide à appréhender notre intériorité.

Seules, nous permettons à notre esprit de réfléchir à lui-même, à être introspectif et à développer sa créativité.

Et une certaine forme d’introspection est nécessaire à la maturité et au bien-être des individus. Pour être bien, pour être « achevé »,  je dois savoir qui je suis, ce à quoi j’aspire.

Pouvoir marcher seul sur le chemin dans la vie.

Mais être seul ne signifie pas être coupé des autres. Dans son essai « L’esprit de solitude », plaidoyer pour une autonomie heureuse, l’auteur Jacqueline Kellen nous affirme que la solitude est tout sauf une tristesse, une souffrance, un isolement. Il s’agit au contraire d’une expérience enrichissante, qui forge non seulement la liberté de penser, mais appelle également la création artistique ou la spiritualité. Et ensuite, à vouloir partager ces sentiments avec les autres.

L’esprit de solitude pour être mieux en relation.

Comment apprivoiser la solitude ?

Si vous êtes de celles qui craignent l’isolement, à l’image du témoignage précédent, une démarche progressive est conseillée. Allez-y en douceur et de manière évolutive.

On commence par rester seule chez soi, en y associant une émotion positive :  on peint, on tricote, on écrit, bref, l’idéal est d’y faire une activité qui nous plaît et de préférence une activité créative. Surtout on ne se force pas au début, au risque de voir sa phobie se renforcer.

Petit à petit, lorsque l’angoisse se fait moins forte, on s’expose à d’autres situations en élevant à chaque fois un peu le niveau : on va au cinéma toute seule, au restaurant, en voyage … pouvoir être complètement autonome, c’est non seulement creuser son intériorité mais également ne plus dépendre des autres.

Progressivement, on se rend compte que nos peurs étaient infondées, qu’on ose beaucoup plus de choses. Et paradoxalement, alors que l’on s’imaginait la solitude comme un repli sur soi, on va finalement PLUS vers les autres.

Si vous êtes en couple, et que vous souffrez de la peur de la solitude, vous en demandez peut-être trop à votre compagnon.

Or, le couple est un principe de vases communicants, que votre travail vers une solitude assumée et bien vécue aidera à rééquilibrer : l’absence de l’autre n’est alors plus ressentie comme un abandon, et votre autonomisation est une occasion de resserrer les liens qui vous unissent. Naturellement, ce travail délicat de rééquilibrage doit être fait de préférence avec l’aide d’un thérapeute.

En conclusion, être à deux, c’est mieux, bien sûr. Avoir plein d’amis, c’est enrichissant, en effet. Mais ne négligeons pas la richesse des moments passés avec soi, qui, s’ils peuvent être source d’angoisse dans un premier temps, deviennent également addictifs lorsqu’on apprend à les apprivoiser. Etre seule, c’est explorer. Etre seule, c’est découvrir. Etre seule, pour ne plus avoir peur d’être seule.

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3 Comments

  1. Super intéressant comme réflexion. Je fais partie de ces personnes qui vivent bien le célibat mais je pense que c’est parce que je suis bien entourée par des amis. Je pense que vivre vraiment seule m’effraie quand même un peu. Tu me donnes à cogiter merci 🙂

  2. Absolument. En tant qu’humains, nous ne sommes pas faits pour vivre isolés. Il s’agit ici plutôt de développer son autonomie & individualité, sources de créativité.

  3. Pour aimer l’autre, il faut d’abord s’aimer soi et donc être capable de se trouver seule,face à soi-même et de s’accepter. Bien vivre à deux, c’est aussi être capable d’être bien seule.

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